Cinquantième anniversaire de la mort de Fanon : Ses écrits politiques

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Œuvres

     

     

  • Peau noire, masques blancs
  • L’An V de la révolution algérienne
  • Les damnés de la terre
  • Pour la révolution africaine

Auteur : Frantz FANON

  • Préface : Achille MBEMBE
  • Introduction : Magali BESSONE

Cinquantième anniversaire de la mort de Frantz Fanon et de la publication des Damnés de la terre. Réunion de ses écrits politiques en un volume et publication conjointe de sa biographie, signée David Macey.

« Chaque fois qu’un homme a fait triompher la dignité de l’esprit, chaque fois qu’un homme a dit non à une tentative d’asservissement de son semblable, je me suis senti solidaire de son acte. »

Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs.

Frantz Fanon, né à la Martinique en 1925, mort à Washington en 1961, psychiatre et militant anticolonialiste, a laissé une œuvre qui, un demi-siècle plus tard, conserve une étonnante actualité et connaît un rayonnement croissant, dans le monde entier. Médecin-chef à l’hôpital psychiatrique de Blida (Algérie) à partir de 1953, il est confronté aux effets de la situation de « déshumanisation systématisée » dont sont victimes les « indigènes ». Ce qui le conduit très vite à rejoindre le combat du Front de libération nationale qui a engagé en novembre 1954 la « guerre de libération » de l’Algérie. Deux ans plus tard, il démissionne de son poste et rejoint le FLN à Tunis, où il collabore au journal El Moudjahid, avant d’être emporté, le 6 décembre 1961, par une leucémie à l’âge de trente-six ans.

Sa trajectoire fulgurante est marquée par la publication de trois livres majeurs : Peau noire, masques blancs (Seuil, 1952), L’An V de la révolution algérienne (Maspero, 1959), Les Damnés de la terre (Maspero, 1961). Et en 1964, François Maspero publie un recueil de certains de ses textes politiques, sous le titre Pour la révolution africaine. Ce sont ces quatre ouvrages que réunit ce volume, complété par une préface de l’historien Achille Mbembe et une introduction de la philosophe Magali Bessone.

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Achille Mbembe, Camerounais, est professeur d’histoire et de science politique à l’université de Witwatersrand à Johannesbourg (Afrique du Sud). Chercheur au Witwatersrand Institute for Social and Economics Research (WISER), il enseigne également au département français et à Duke University (aux États-Unis). Il est notamment l’auteur de De la postcolonie. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine (Karthala, 2000) et de Sortir de la grande nuit (La Découverte, 2010).

Magali Bessonne, maître de conférences en philosophie morale et politique à l’université de Rennes-I, est spécialiste des théories de la justice. Elle est notamment l’auteur de La Justice (GF-Flammarion, 2000) et À l’origine de la République américaine : un double projet, Thomas Jefferson vs. Alexander Hamilton (Michel Houdiard, janvier 2007).

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Peau noire, masques blancs (Seuil, 1952)

Préface (1952) et postface (1965) de Francis Jeanson

Extraits de la préface de Francis Jeanson.

« Fanon a vingt-sept ans, il est Martiniquais et il a la peau noire. Et si j’insiste en particulier sur ce dernier point, c’est qu’il constitue justement le thème de son livre… “Quoi ! Sa propre noirceur ?” Oui : son expérience d’homme noir plongé dans un monde blanc. […] En s’exprimant de la sorte, Fanon présente une exigence qui n’est pas “présentable”, une exigence qui n’a pas pris le temps de s’habiller, de se farder ni de se donner une contenance pour venir figurer dans le monde. Une exigence toute nue, brute et qui se refuse à jouer le jeu, quelque jeu que ce soit. Un scandale. Pas “sortable”, inconvenante, inadaptée, presque indicible, non objectivable, telle est la revendication maîtresse qui parcourt d’un ample et constant frémissement les pages qu’on va lire. De là, très souvent, ce surgissement brutal, inattendu, d’un mode d’expression quasi poétique et qui va du cri le plus spontané, si quelque image ou quelque mot vient raviver les brûlures anciennes, jusqu’à la tentative consciente pour atteindre le lecteur malgré tous ses systèmes défensifs, au défaut de chacune de ses cuirasses, pour lui communiquer, en deçà des idées, la plus incommunicable part d’une expérience qui ne sera jamais la sienne. […]

« Ce qu’il y a peut-être de plus remarquable dans ce livre, c’est justement le soin mis par l’auteur à n’y point trahir la réalité humaine, à ne lui infliger aucune mutilation, à lui maintenir sa valeur de totalité, quels que soient les points de vue particuliers qu’il faut bien tour à tour qu’elle adopte sur elle-même pour parvenir à se connaître. “L’analyse que nous entreprenons est psychologique. Il demeure toutefois évident que, pour nous, la véritable désaliénation du Noir implique une prise de conscience abrupte des réalités économiques et sociales… L’aliénation du Noir n’est pas une question individuelle”. »

 

Table : I. Le noir et le langage / II. La femme de couleur et le Blanc / III. L’homme de couleur et la Blanche / IV. Du prétendu complexe de dépendance du colonisé / V. L’expérience vécue du Noir / VI. Le nègre et la psychopathologie / VII. Le Nègre et la reconnaissance.

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L’An V de la révolution algérienne (Maspero, 1959)

 

Publié pour la première fois en 1959 et sans cesse réédité depuis, ce « classique de la décolonisation » reste d’une profonde actualité pour comprendre les ressorts du mouvement d’émancipation qui conduisit à la guerre d’indépendance algérienne. Ce livre est né de l’expérience accumulée au cœur du combat, au sein du FLN. Car Frantz Fanon, né Antillais et mort Algérien, avait choisi de vivre et de lutter parmi des colonisés comme lui, en Algérie, pays du colonialisme par excellence. Texte militant, cet ouvrage fut aussi la première analyse systématique de la transformation qui s’opérait alors au sein du peuple algérien engagé dans la révolution.

Ce texte, parmi les tout premiers publiés par les Éditions François Maspero, décrit de l’intérieur les profondes mutations d’une société algérienne en lutte pour sa liberté. Ces transformations, la maturation politique et sociale, ignorées par les colons alors qu’elles étaient justement les fruits de la colonisation et de l’humiliation, présidèrent pourtant largement au processus qui mena à la guerre d’Algérie, la « plus hallucinante qu’un peuple ait menée pour briser l’oppression coloniale ».

 

Table : Introduction / I. L’Algérie se dévoile (annexe : les femmes dans la Révolution) / II. « Ici la voix d’Algérie » / III. La famille algérienne / IV. Médecine et colonialisme / V. La minorité européenne d’Algérie / Annexe I : Geromini / Annexe II : Bresson / Conclusion / Annexe : Pourquoi nous employons la violence.

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Les damnés de la terre (Maspero, 1961)

Préface de Jean-Paul Sartre (1961)

Préface d’Alice Cherki et postface de Mohammed Harbi (2002)

« La violence qui a présidé à l’arrangement du monde colonial, qui a rythmé inlassablement la destruction des formes sociales indigènes, démoli sans restrictions les systèmes de références de l’économie, les modes d’apparence, d’habillement, sera revendiquée et assumée par le colonisé au moment où, décidant d’être l’histoire en actes, la masse colonisée s’engouffrera dans les villes interdites. Faire sauter le monde colonial est désormais une image d’action très claire, très compréhensible et pouvant être reprise par chacun des individus constituant le peuple colonisé. »

Frantz Fanon.

Publié en novembre 1961, à une époque où la violence coloniale se déchaîne avec la guerre d’Algérie, saisi à de nombreuses reprises lors de sa parution aux Éditions François Maspero, le livre Les Damnés de la terre, préfacé par Jean-Paul Sartre, a connu un destin exceptionnel. Il a servi – et sert encore aujourd’hui – d’inspiration et de référence à des générations de militants anticolonialistes. Son analyse du traumatisme du colonisé dans le cadre du système colonial et son projet utopique d’un tiers monde révolutionnaire porteur d’un « homme neuf » restent un grand classique du tiers-mondisme, l’œuvre capitale et le testament politique de Frantz Fanon. Dans cette édition, la préface d’Alice Cherki, psychiatre et psychanalyste, auteur du Portrait de Frantz Fanon (Seuil, 2000), et la postface de Mohammed Harbi, combattant de la première heure pour la libération de son pays et historien de l’Algérie contemporaine, auteur de Une vie debout. Mémoires politiques 1945-1962 (La Découverte, 2001), restituent l’importance contemporaine de la pensée de Frantz Fanon.

 

Table : I. De la violence. De la violence dans le contexte international / II. Grandeur et faiblesses de la spontanéité / III. Mésaventures de la conscience nationale / IV. Sur la culture nationale. Fondements réciproques de la culture nationale et des luttes de libération / V. Guerre coloniale et troubles mentaux. De l’impulsivité criminelle du Nord-Africain à la guerre de Libération nationale / Conclusion.

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Pour la révolution africaine. Écrits politiques (1965)

 

Les textes politiques de Frantz Fanon publiés dans cet ouvrage couvrent la période la plus active de sa vie, de la publication de Peau noire, masques blancs en 1952 – il avait alors vingt-sept ans – à celle des Damnés de la terre en 1961, qui devait coïncider, à quelques jours près, avec la date de sa mort. Retraçant le fil d’une réflexion en constante évolution sur le phénomène colonial, vécu de l’intérieur, ces textes dénoncent à la fois le colonialisme et les pièges de la décolonisation – la « grande erreur blanche » et le « grand mirage noir ». Explorant tour à tour la situation du colonisé, dont il peut rendre compte scientifiquement par son expérience médicale quotidienne, l’attitude des intellectuels de gauche face à la guerre d’Algérie, les perspectives de conjonction de la lutte de tous les colonisés et les conditions d’une alliance de l’ensemble du continent africain, Frantz Fanon gardait la certitude de la prochaine libération totale de l’Afrique. Son analyse et la clarté de sa vision sont autant de clés pour comprendre la réalité africaine actuelle.

 

Table : Note de l’éditeur / I. Le colonisé en question – Le « syndrome nord-africain » – Antillais et Africains / II. Racisme et culture / III. Pour l’Algérie – Lettre à un Français – Lettre au ministre-résident / IV. Vers la libération de l’Afrique – Déceptions et illusions du colonialisme français – L’Algérie face aux tortionnaires français – À propos d’un plaidoyer – Les intellectuels et les démocrates français devant la révolution algérienne – Aux Antilles, naissance d’une nation ? – Le sang maghrébin ne coulera pas en vain – La farce qui change de camp – Décolonisation et indépendance – Une crise continuée – Lettre à la jeunesse africaine – Vérités premières à propos du problème colonial – La leçon de Cotonou – Appel aux Africains – Lendemains d’un plébiscite en Afrique – La guerre d’Algérie et la libération des hommes – L’Algérie à Accra – Accra : l’Afrique affirme son unité et définit sa stratégie – Les tentatives désespérées de M.Debré – Fureur fasciste en France – Le sang coule aux Antilles sous domination française – Unité et solidarité effective sont les conditions de la libération africaine / V. Unité africaine – Cette Afrique à venir – La mort de Lumumba : pouvions-nous faire autrement ?