Déclaration de la Fondation Frantz Fanon

Moussa Tchangari, une nouvelle fois, soumis au harcèlement des forces de police et de l’institution judiciaire

English version below

Le 25 mars 2018, Moussa Tchangari, membre du bureau de la Fondation Frantz Fanon et secrétaire général d’Alternatives Espaces Citoyens, organisation membre du Conseil international du Forum social mondial, a été arrêté par les forces de sécurité pour avoir appelé, avec Ali Idrissa, coordinateur du Réseau des organisations pour la transparence et l’analyse budgétaire (ROTAB), Nouhou Arzika, président du mouvement patriotique pour une citoyenneté responsable (MPCR) et Lirwana Abdourhamane, avocat et membre du MPCR, à une journée de mobilisation appelant à l’abrogation de la loi de finances 2018, dénoncée comme antisociale et injuste. S’appliquant depuis janvier 2018, cette loi favorise l’installation des transnationales au Niger alors que les citoyens sont de plus en plus soumis à une pression fiscale qui les précarise. Le groupe de presse Labari a été perquisitionné et fermé ; depuis le tribunal a ordonné sa réouverture.

La manifestation, faisant suite à plusieurs autres qui se sont toujours déroulées dans le calme et sans aucune violence, a été interdite pour raisons de sécurité ; pourtant la Constitution du 25 novembre 2010 garantit les libertés d’association, de réunion, de cortège et de manifestation dans les conditions définies par la loi (article 32) et le même jour, le parti présidentiel, le PNDS Tareyya, tenait à Niamey son congrès.

Moussa Tchangari, Ali Idrissa, Nouhou Arzika, Lirwana Abdourhamane, bien que n’ayant pas participé à la marche, restent incarcérés et sont accusés, par le Tribunal de Grande Instance de Niamey, d’avoir organisé cette manifestation, de complicité d’acte de violence, d’agression et de destruction de biens publics. L’arrestation de membres du mouvement social et l’envoi de certains d’entre eux, dont Moussa Tchangari, dans des prisons éloignées à plus de 100 km de la capitale mais aussi dans des zones où sévit l’état d’urgence et qui ont été la cible de plusieurs attaques extrémistes, marquent une nouvelle étape de la dérive autoritaire du gouvernement nigérien, entre autres par la violation de certains droits fondamentaux et par le refus d’écouter la voix du peuple nigérien.

L’interdiction de cette manifestation montre une fois de plus que certains Etats privilégient la mise en place de politiques sécuritaires plutôt que de se conformer à leurs obligations contenues dans les dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et dans les instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme qu’ils ont ratifiés. Dès lors, ils n’hésitent pas à criminaliser les membres du mouvement social luttant pour les droits fondamentaux

La Fondation Frantz Fanon s’inquiète qu’un de ses membres, mais aussi les autres membres du mouvement social, a été arrêté de manière arbitraire et souligne que ce n’est pas la première fois que Moussa Tchangari se trouve face à des accusations qui ne reposent sur aucune preuve et est l’objet de harcèlement de la part des forces de police et de l’institution juridique. Ce harcèlement juridique ainsi que les violences policières à l’égard des manifestants montrent que le gouvernement ne cherche qu’à enterrer et à museler toute opposition à la loi de finance qui va jeter de plus en plus de citoyens nigériens dans une grande précarité.

La Fondation rappelle que les autorités nigériennes doivent se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement à son article 1 qui stipule que “chacun a le droit, individuellement ou en association avec d’autres, de promouvoir la protection et la réalisation de tous les droits de l’Homme et de toutes les libertés fondamentales aux niveaux national et international” et son article 12.2 qui prévoit que “l’Etat prend toutes les mesures nécessaires pour assurer que les autorités compétentes protègent toute personne, individuellement ou en association avec d’autres, de toute violence, menace, représailles, discrimination de facto ou de jure, pression ou autre action arbitraire dans le cadre de l’exercice légitime des droits visés dans la présente Déclaration”.

Consciente du danger que la banalisation des pratiques policières fait peser sur la vie publique du pays, la Fondation Frantz Fanon appelle à la libération de Moussa Tchangari, d’Ali Idrissa, de Nouhou Arzika, et de Lirwana Abdourhamane, et à l’abandon de toutes les charges pesant contre eux.

30 mars 2018
Declaration of the Frantz Fanon Foundation

Moussa Tchangari, once again, subjected to harassment by the police and the
judiciary

On March 25, 2018, Moussa Tchangari, member of the bureau of the board of Frantz Fanon Foundation and Secretary General of Alternatives Espaces Citoyens, organization member of the International Council of the World Social Forum, was arrested by security forces for calling, with Ali Idrissa, coordinator of the Network of Organizations for Transparency and the budget analysis (ROTAB), Nouhou Arzika, president of the patriotic movement for a responsible citizenship (MPCR) and Lirwana Abdourhamane, lawyer and member of the MPCR, to a day of mobilization for the repeal of the 2018 finance law, denounced as antisocial and unfair. Applying since January 2018, this law favors the establishment of transnational corporations in Niger while citizens are increasingly subject to a tax burden that makes them more precarious.

The Labari press group was raided and closed ; since the court ordered its reopening.

The demonstration, following several others that have always been peaceful and without any violence, has been banned for security reasons ; yet the Constitution of 25 November 2010 guarantees freedom of association, assembly, procession and demonstration under the conditions defined by the law (article 32) but the same day, the presidential party, PNDS Tareyya, held its congress in Niamey.

Moussa Tchangari, Ali Idrissa, Nouhou Arzika and Lirwana Abdourhamane, although not participating in the march, remain incarcerated and are accused, by the Tribunal de Grande Instance of Niamey, of having organized this demonstration, complicity of act violence, aggression and destruction of public property.

The arrest of members of the social movement and the sending of some of them, including Moussa Tchangari, to prisons far more than 100 km from the capital but also in areas where the state of emergency prevails and have been the target of several extremist attacks, mark a new stage in the authoritarian drift of the Nigerian government, including the violation of certain fundamental rights and the refusal to listen to the voice of the Nigerian people.

The ban on this demonstration shows once again that some States favor the establishment of security policies rather than comply with their obligations contained in the provisions of the Universal Declaration of Human Rights and in the regional and international instruments they have ratified. Therefore, they do not hesitate to criminalize members of the social movement fighting for fundamental rights.

The Frantz Fanon Foundation is concerned that one of its board members, but also the other members of the social movement, has been arrested in an arbitrary manner and underlines that this is not the first time that Moussa Tchangari has faced accusations based on no evidence and is subject to harassment by police and juridical institution.

This legal harassment as well as police violence against protesters show that the government is only trying to bury and muzzle any opposition to the finance law that will throw more and more Nigerien citizens in a very precarious situation.

The Foundation recall that the authorities from Niger must comply with the provisions of the Declaration on the defenders of human rights, adopted by the UN General Assembly on 9 December 1998 and specifically Article 1, which states that "everyone has the right, individually and in association with others, to promote the protection and realization of all human rights and fundamental freedoms at the national and international levels "and its Article 12.2 which provides that " State take all the necessary measures to ensure that competent authorities protect everyone, individually or in association with others, against any violence, threats,retaliation, de facto or de jure, reprisals, discrimination, pressure or any other arbitrary action as a consequence of legitimate exercise of the rights referred to in the present Declaration".

Aware of the danger that the trivialization of police practices is a burden on the public life of the country, the Frantz Fanon Foundation calls for the release of Moussa Tchangari, Ali Idrissa, Nouhou Arzika, and Lirwana Abdourhamane, and the abandonment of all charges weighing against them.

March 30, 2018