Fondation Frantz Fanon

Un an après les attentats…

English version below

En quelques mois, la France et plus généralement l’Europe, est tombée dans une xénophobie assumée et même revendiquée.

Il est consternant de voir que les victimes, toutes les victimes, celles qui ont perdu leur vie, celles, blessées et toutes celles et ceux qui, au-delà des blessures physiques, garderont à jamais inscrit dans leur mémoire ce traumatisme de l’horreur, servent à développer le terreau de l’exclusion, de la délation. En un mot, se trouvent développés tous les ingrédients d’un racisme, devant être qualifié d’anti musulman, et plus précisément d’islamophobe, reposant sur la conviction jamais démentie, ni remise en cause ni officiellement déconstruite, qu’il y a bien une « race », et de facto une culture, supérieure à toutes autres. Ainsi, pour les élites politiques, intellectuelles, il est admis que la « Modernité » a fait entrer le monde dans la lumière et que tout ce qui s’y oppose vise le retour à l’obscurantisme.

Est il temps de crier au scandale, à la trahison parce que la République a perdu son nord ?

C’est perdre beaucoup d’énergie ! La décision de remettre en cause la nationalité de millions de Français qui, pour une raison ou une autre, ont une double nationalité tout comme la prolongation de l’état d’urgence au-delà du raisonnable, est le résultat de la crise politico-morale dans laquelle se trouvent nombre de pays occidentaux qui refusent de voir et de regarder, d’écouter et d’entendre la population qui fonde leurs Etats. Cette crise veut que soient changés, à la suite des attentats de novembre dernier –ce qui n’avait pas été fait en janvier 2015- les termes du pacte national. A croire que le gouvernement, et une partie de la population française, a été plus effrayé par le nombre des victimes de novembre que par celui de janvier.

On a tenté de nous expliquer qu’entre janvier et novembre, les cibles étaient différentes, l’une la liberté d’expression, l’autre la jeunesse qui aime sortir, se rencontrer. Mais n’y aurait il qu’une seule victime, un attentat, où qu’il se passe, est un acte bafouant le droit à la vie, niant le droit à la dignité humaine.

Peu importe la nationalité de la victime, peu importe le lieu de l’attentat et qui le commet, rien ne peut justifier un tel passage à l’acte.

Des drapeaux bleu blanc rouge continuent de flotter aux fenêtres ; des pays ont rendu hommage à la France ; des présidents sont venus se prêter à une mascarade en défilant cinq minutes au côté de certains d’entre eux totalement infréquentables au regard des crimes de guerre et contre l’humanité qu’ils commettent en toute impunité. Combien de fois avons nous entendu « plus jamais cela ! » ?
Il n’y a nulle part au monde -que ce soit à Kunduz, à Beyrouth, à Paris, à Istanbul, à Gaza, à Chibok, à Nairobi, à Sousse, à Douma, à Madrid…-, où une victime est plus légitime de compassion qu’une autre.

La France, lorsque des attentats ont frappé le Kenya, le Nigéria, le Mali, l’Irak, l’Afghanistan et combien d’autres pays endeuillés, manifeste t elle avec les proches des victimes, avec les responsables politiques ; a t elle mis ses drapeaux en berne au moment où 1 500 libanais, et quelque 1 500 Palestiniens ont été tués par la même armée israélienne ?

Au lendemain d’attentats, ce qui est insupportable et non justifiable est la nature des lamentations en fonction du lieu et de la nationalité des victimes.

Partout où des personnes tombent sous le coup d’actes commis par de jeunes venus se faire tuer portés par une idéologie, qui projette de détruire l’Autre au nom d’une interprétation obscurantiste de l’Islam ou par des coalitions internationales qui se sont érigées en gendarme du monde et en parangon d’un modèle démocratique qu’ils veulent imposer à l’ensemble du monde, tous violent le droit à la vie, le droit à vivre en paix et en sécurité et installent, en retour, un sentiment généralisé de peur et de panique.

Se rassembler sous le slogan « je suis Charlie » ou sous les couleurs du drapeau français, permettent ils de consolider le sentiment national alors que la nation elle-même s’effrite, non en raison des personnes qui la composent mais parce qu’il y a bien longtemps que le pacte politico-social a été brisé par ceux qui nous gouvernent.

Ces actes effroyables forcent à regarder d’une part, la façon dont les sociétés occidentales traitent nombre de jeunes qui ne cessent d’être victimes d’un manque de considération institutionnalisée, ce qui les amène à se réfugier dans une idéologie qui rejette tout contact avec la culture occidentale et porte en elle de la violence. Des attentats, comme ceux qui se produisent dans nos pays, sont une sorte de réponse folle apportée par une fraction désespérée des peuples et sociétés qui étouffent sous cette domination. Ce qui peut les amener à commettre les crimes les plus abjects, comme ceux de l’Organisation de l’État islamique en Irak et en Syrie, ou ceux de l’année 2015 à Paris et dans sa proche banlieue.
 
D’autre part, cela force à porter un œil objectif sur la politique étrangère de certains pays qui n’ont jamais cessé de se penser les maîtres incontestables du monde.

Ils font ainsi un usage dévoyé d’un des principes fondateurs de la Charte des Nations unies qui veut que l’usage de la force ou de la menace de l’usage de la force soit interdit dans le règlement des différends, sauf en cas de légitime défense.

La France est elle attaquée par le Mali, ce qui pourrait justifier la présence de troupes françaises sur le sol de cet Etat ?

Ne soyons pas dupes, dans ce cas, elle ne défend que ses intérêts ainsi que l’ont répété des responsables politiques avec une morgue assez écoeurante, alors que des Maliens dans le nord de leur pays vivaient et vivent encore sous la menace et la peur.

La France est elle attaquée en Irak ou en Syrie pour que des avions français larguent des bombes qui tuent aveuglément combattants djihadistes et population civile ? Elle se donne bonne conscience en affirmant que c’est au nom de la démocratie « occidentale » et de la « Modernité » qu’elle participe à la déstabilisation d’États au prétexte qu’ils étaient dirigés par des dictateurs et justifie aussi ces interventions par le fait d’être présente auprès des Etats Unis qui essaient de se défausser de ce bourbier en partageant une irresponsabilité meurtrière aussi bien pour les peuples que pour la régulation des rapports de force. Il suffit de se rappeler comment, à l’époque, la France s’était débarrassée de l’Indochine en impliquant les Etats Unis. Bis repetita placent !

En définitive, ces pays affirment, haut et fort, qu’ils sont en guerre sur leur territoire national et contre un ennemi extérieur. Mais contre qui ? Contre certains jeunes, ultra-minoritaires, pensant trouver dans l’adhésion aveugle à une pseudo-idéologie religieuse mortifère une forme de réconfort, parce qu’ils désespèrent que leur voix ne soit écoutée et prise en considération ?

Contre Daech, proto-État qui ne doit son existence que parce ces mêmes États appliquent à l’interdiction de l’usage de la force des variations qui leur permettent de créer une « nouvelle règle de droit international » qui les auto-autorise à intervenir dans le cadre d’opérations extérieures au prétexte de protéger les populations civiles ?

Bafouant les règles et les principes de la Charte des Nations unies, ils jettent le monde dans une guerre permanente contre les gens, les sociétés et les peuples. Ils autorisent des Etats, dont l’État d’Israël, à commettre des crimes de guerre pour lesquels ils ne sont pas inquiétés, à moins qu’ils n’aient pas montré suffisamment d’allégeance à la suprématie occidentale. Ils déstabilisent des parties entières de continents ; défont des États, des présidents ; redessinent, si besoin, les frontières ; divisent des pays ; favorisent l’installation de grandes entreprises internationales afin qu’elles avalent les ressources naturelles de pays entiers pour leur seul profit ; imposent des dettes odieuses et illégales à certains peuples, déstructurent les relations internationales et délégitiment le droit international et le droit international humanitaire… La liste serait longue…

Une des questions urgentes est d’apporter des réponses à des politiques sociales et économiques qui font le choix de la xénophobie, de l’exclusion, de la stigmatisation et de s’atteler enfin à toutes les politiques fondées sur la conviction d’une « race » et d’une culture supérieures.

Si rien n’est décidé et agi en terme d’identification des raisons fondamentales qui maintiennent une partie de la population du monde exclue, marginalisée, laissée pour compte, installée à la périphérie des villes, alors rien ne changera malgré une certaine bonne volonté basée plus sur un désir d’imposer un vivre ensemble, égaux mais différents, que sur un désir de faire commun, égaux et différents.

Cette distinction est d’importance. La première proposition engage vers un assimiliationnisme, voire un intégrationisme, qui est devenu inacceptable par tous les “Autres”, puisqu’il s’agit pour eux d’endosser les règles édictées par le monde blanc tout en oubliant d’où ils viennent et de ce qui les construit ; en définitive, aux descendants de la traite négrière, de la mise en esclavage et du colonialisme de s’assumer dans le silence en s’assimilant au nom d’un universalisme pensé par les dominants. Le but n’étant pas qu’ils sortent de l’invisibilité structurelle, dans laquelle ils ont été installés, mais qu’ils s’en accommodent.

La seconde porte sur la revendication des victimes racisées ; elles veulent prendre en mains leur droit à agir politiquement, citoyen, dans l’espace économique, social, culturel et civil.

Comment partager un pouvoir que l’on s’est arrogé il y a des siècles et pour lequel certains ont déclaré et continuent d’affirmer qu’ils sont les détenteurs légitimes ? Comment ceux-là mêmes peuvent ils accepter que les invisibles sortent à la lumière et prennent leur part d’humanité qu’ils leur refusent ?

Si l’on essaie de comprendre comment s’est organisée la construction de l’invisibilité, il faut interroger à la fois le caractère archaïque des préjugés et des stéréotypes ciblant d’une part, les Noirs et particulièrement la structure des représentations dégradantes de la « figure » du Noir, et d’autre part les Arabes, qu’ils soient musulmans ou non ; phénomènes s’éternisant en Occident et résistant à la « modernité », au-delà même de tous les changements survenus dans la vie des uns et des autres.

Ce qui est sûr c’est que pour que les jeunes agissent pour un monde d’humanité, il faudra que le racisme structurel, la discrimination raciale, la xénophobie, l’afrophobie, la négrophophie et l’islamophobie ne soient plus des règles de « gouvernance » ou de direction politique.

D‘autres questions renvoient à la nature des politiques internationales mises en place dans la violence afin d’assurer des rapports de domination entre États, nations et peuples et justifiant la domination en raison d’une hiérarchie des races et des cultures sur lequel le capitalisme, le colonialisme, l’impérialisme et le libéralisme se sont construits et ont prospéré.

Ces mêmes pays n’ont pas vu leur propre population changer, tout comme ils ont refusé de voir que la nature des relations internationales, avec l’arrivée de nouveaux acteurs émergents, commençait à ne plus être la même.

N’ayant pas su faire monde avec l’ensemble des cultures et des peuples, cette domination a été incapable de construire « avec », mais l’a fait uniquement « contre ». Aujourd’hui, ce vieux monde, produit sa mort pour avoir refusé de regarder la richesse de sa diversité et d’accepter le dynamisme bousculant les vielles habitudes.

Le monde occidental n’a pas compris la chance que lui offrent tous ces jeunes dont les arrière-grands parents, mis en esclavages, ou les grands parents venus en travailleurs très précaires, ont réussi à changer le visage d’une société qui n’aurait pu rompre seule avec ce que Frantz Fanon souligne en ce qui concerne l’Europe, qui, pour lui « ne s’est montrée parcimonieuse qu’avec l’homme, mesquine, carnassière, homicide qu’avec l’homme ».

Ces jeunes, laissés pour compte, à qui l’on veut retirer la nationalité française, pour des raisons dites de sécurité, alors que l’on sait très bien que cette mesure, sur le plan de la lutte contre le terrorisme, sera particulièrement contre-productive, sont une chance pour nos sociétés. Avec eux, à leur contact peut surgir l’homme neuf, celui avec qui doit être construit un nouvel humanisme.

L’alternative n’est pas de les exclure encore davantage ou d’essayer d’empêcher les jeunes radicalisés d’arriver jusque chez nous, ils y sont déjà. Elle est de penser différemment les rapports sociaux et de construire des relations internationales fondées sur le respect des principes essentiels de la Charte des Nations unies.

Mais n’est-il pas déjà trop tard ? L’État français est face à ses responsabilités sociales et politiques. Saura-t-il y répondre ? Rien n’est moins sûr.

Pourtant, si nous ne voulons pas devenir zombis à notre tour, nous devons nous réveiller très vite et obtenir que change radicalement le paradigme de la domination et de la colonialité du pouvoir, qui a maintenu, depuis des siècles, des peuples et des populations dans l’exclusion et à la frontière du monde développé, sans aucun état d’âme, parfois seulement avec un peu de compassion paternaliste.

Il s’agit plus d’une question éthique et politique que morale. Sortir des ténèbres qui tuent l’ensemble des sociétés est plus qu’urgent.

Le vieux monde ne peut le faire seul ; il n’a d’autre choix que de s’associer et de faire monde avec les jeunes qu’il a volontairement exclus -et cela est vrai sous toutes les latitudes-, de questionner le paradigme qui organise sa domination pour le remettre en cause et refonder un ordre social, économique, culturel et environnemental qui repose sur l’impérieuse nécessité d’une mise en action de la non-discrimination avec son corollaire l’égalité à tous les échelons, national, régional et international.

Le monde occidental n’a d’autre solution que d’accepter de se questionner, de remettre, substantiellement, en cause le paradigme de sa domination afin de le changer par, entre autres, celui de la co-construction politique, de la coopération solidaire, de l’élaboration d’un agir politique commun ; c’est à cette condition que ce monde qui ne cesse de s’éteindre, pourra prétendre refaire monde avec l’ensemble des peuples et des populations. 

Janvier 2016

Frantz Fanon Foundation

One year after the attacks [1]

In the space of a few months, France, and Europe more generally, collapsed into an implicit and even explicit xenophobia.

It is appalling to see the victims, all the victims, including those who have lost their lives, those wounded and all those who, above and beyond physical injuries, have inscribed forever in their memories such traumatic horror, being presented as the breeding ground for exclusion and denunciation. In a word, one finds all the ingredients of racism have been developed, being described as anti-muslim, and more specifically islamophobic, based on the unwavering belief, neither questioned nor officially deconstructed, that there is indeed a ‘race’, and de facto a culture, that is superior to all others. Thus for the political elite and intellectuals, it is accepted that ‘Modernity’ has thrown light on the world, and that all that opposes it is a return to obscurantism.

It is time to cry foul at the betrayal since the Republic has lost its compass ?

A lot of energy is being expended !. The decision to question the nationality of millions of French people who, for one reason or another, have dual nationality, along with the prolongation of the state of emergency beyond what is reasonable, is the result of the politico-moral crisis in which numerous western countries find themselves, a crisis in which they refuse to see, to look at, to listen to or to hear the voices of the people who founded their states. The crisis supposedly requires changes to the terms of the national pact, which had not been done in January 2015 — this in the belief that the government and a part of the French population has been more affected by the number of victims in the November attacks than in the January ones.

They try to explain to us that between January and November, the targets were different, the one being an attack on the freedom of expression, the other an attack on the young who like to go out and socialise. But had there been just one attack victim, wherever it happened, it would still be an act flouting the right to life, denying the right to human dignity.

Regardless of the nationality of the victim, regardless of the location of the attack and regardless of who commits it, nothing can justify such an act.

The blue, white and red flags continue to fly from windows ; countries have paid homage to France ; presidents have come to lend credence to the charade by parading five minutes alongside some of those who are totally beyond the pale in terms of war crimes and crimes against humanity that they commit with impunity. How many times have we heard the phrase ”never again !" ?

There is no part of the world — be it Kunduz, Beirut, Paris, Istanbul, Gaza, Chibok, Nairobi, Sousse, Douma, Madrid etc. — where a victim is more legitimate of compassion than the other.

Has France, when the attacks were made on Kenya, Nigeria, Mali, Iraq, Afghanistan and how many other bereaved countries, attended demonstrations with the relatives of the victims, with their political leaders ? Has France lowered its flags to half-mast when 1,500 Lebanese or some 1,500 Palestinians had been killed by the Israeli army ?

In the aftermath of the attacks, what is unbearable and unjustifiable is the nature of the lamentations as a function of the place and nationality of the victims.

Wherever people fall under acts committed by young people who have come to kill themselves driven by an ideology that seeks to destroy the ‘Other’ in the name of some obscurantist interpretation of Islam, or by international coalitions that are built by the world’s policeman as a paragon of the democratic model they want to impose on the entire world, all these violate the right to life, the right to live in peace and security, and all result in turn in widespread feeling fear and panic.

Whether gathering under the slogan “Je suis Charlie“ or with the colours of the French flag, it allows a consolidation of national sentiment as the nation itself is crumbling, not because of the people that comprise it, but because the political and social pact has been broken over a long time by those who govern us.

On the one hand, these horrendous acts force us to look at the way that Western societies treat many young people who continue to suffer from a lack of institutionalised consideration, which leads them to take refuge in an ideology that rejects all contact with Western culture and brings with it violence. Attacks such as those that occur in our country are a kind of crazy response of a desperate fraction of the people and societies that suffocate under this rule.This can lead them to commit the most heinous crimes, such as those of the Organisation of the Islamic State (ISIS) in Iraq and Syria, or those of 2015 in Paris and its suburbs.
 
On the other hand, this forces us to cast an objective eye on the foreign policy of certain countries that never ceased to think of themselves as the unquestionable masters of the world.

They also make an inappropriate use of one of the founding principles of the UN Charter, that is the use of force or threat of the use of force is prohibited in the settlement of disputes, except in the case of self defence.

Has France ever been attacked by Mali which would justify the presence of French troops on the soil of this State ?

Let us not be fooled, in this case, it defends only its own interests just as the politicians have repeated with a rather sickening arrogance, while Malians in the north of the country lived and still live under threat and fear.

Has France been attacked in Iraq or in Syria so that the French planes can justify dropping bombs which indiscriminately kill jihadist combatants as well as civilians ? France absolves its conscience by stating that this is done in the name of ‘western’ democracy and ‘Modernity’, that it participates in the destabilisation of States under the pretext that they are ruled by dictators, and this also justifies these interventions by being present with the US in trying to discard this quagmire by sharing a murderous irresponsibility for both peoples and for the regulation of power relations. Just remember how, at the time, France had freed Indo-China by involving the United States. Bis repetita placent ! [The things that please are those that are asked for again and again - Horace]

Ultimately, these countries argue loudly that they are at war within their national territory and against an external enemy. But against whom ? Against some ultra-minority young people who take comfort in blind adherence to a deadly form of religious pseudo-ideology because they despair that their voices are not heard nor taken into account ?

Against ISIS (Daech), a proto-State that only owes its existence to the fact that the very same States that apply to the prohibition of the use of force variations that allow them to create a "new rule of international law" that self-authorizes them to intervene in the context of external operations under the pretext of protecting the civilian population ?

Flouting the rules and principles of the UN Charter, they throw the world into a permanent state of war against the people, societies and populations. They authorize states, including Israel, to commit war crimes about which they are not worried, unless they did not show sufficient allegiance to Western supremacy. They destabilize entire parts of continents ; unmake states and presidents ; redesign, if necessary, the borders ; divide countries ; promote the installation of large international companies to swallow up the natural resources of entire countries for their own benefit ; impose illegal and odious debts to certain people ; deconstruct and delegitimize international relations and international law and international humanitarian law ... The list would be long ...

One of the urgent issues is to provide answers to social and economic policies that make the choice of xenophobia, exclusion, stigmatization and ultimately to tackle all policies based on the belief of "race" and the existence of a superior culture.

If nothing is decided and acted upon in terms of identification of the fundamental reasons that keep part of the population excluded from the world, marginalized, left out, moved to the outskirts of cities, then nothing will change despite certain goodwill based more about a desire to impose on people the need to live together, equal but different, rather than a desire to make a community that is equal and different.

This distinction is important. The first proposal commits to a assimiliationism or even integrationism, which has become unacceptable to all who have been ‘Othered’, since for them assimilation is to endorse the rules issued by the white world while being required to forget where they came from and what made them who they are ; ultimately, for the descendants of the slave trade, enslavement and colonialism, it would be to be forced into silence by assimilating the dominant ideology in the name of universalism. The goal is not they exit from the structural invisibility in which they were installed, but rather that they put up with it.

The second is the claim of the racialized victims ; they want to take charge of their right to act politically as citizens, in the economic, social, cultural and civil areas.

How to share a power that we gave ourselves centuries ago and for which some have declared, and continue to affirm, that they are the rightful owners ? How can these same people accept that the invisible come into the light and take their place as part of humanity that has been so long denied them.

If one tries to understand how invisibility is construed, we must question both the archaic character of prejudices and stereotypes targeting on the one hand the Blacks and in particular the nature of the degrading representations of the Blacks ’figure’, and on the other hand targeted at Arabs who may or may not be Muslim, phenomena that have been perpetuated in the West and which has been resistant to ‘modernity’, in spite of all the subsequent changes in the their respective lives.

What is certain is that for young people to agitate for a world of humanity, it will require that structural racism, racial discrimination, xenophobia, afrophobia, négrophophie and Islamophobia are no longer the basis for "governance" or policy making.

Other questions relate to the nature of international policies implemented with the violence to ensure domination of relations between states, nations and peoples and which justify this domination based on the rationale of a hierarchy of races and cultures upon which capitalism, colonialism, imperialism and liberalism were built and prospered.

These same countries have not seen their own population change, as they have refused to see, with the arrival of new emerging players, that international relations are beginning to be no longer the same.

Not having been able to make a world comprised of many cultures and peoples, the ruling class has been incapable of constructing ‘with’ but rather only ‘against’. Today, this old world has produced its own death by having refused to look at the richness of its diversity and accepting the upsetting dynamics of the old ways.

The Western world did not understand the opportunity afforded it by all the young people whose great-grandparents had been enslaved or whose grandparents came in as very precarious workers, who succeeded in changing the face of a society that could not on its own break with what Frantz Fanon points out regarding Europe, which for him "has only shown itself to be parsimonious and niggardly, carnassial and homicidal where humans are concerned”.

These abandoned young people from whom French nationality is to be withdrawn for reasons of security, even though it is well known that this measure, as part of the war against terrorism, will be particularly counterproductive, they are actually an opportunity for our societies. Only with them, and in contact with them, can the new human emerge with whom a new humanism can be built.

The alternative is not to exclude them further or to prevent radicalised youth from coming to our place — they are already here. It is to think differently about social relations and to construct international relations founded on respect for the essential principles of the United Nations Charter.

But is it not already too late ? The French State is faced with its social and political responsibilities. Will it respond to them ? Nothing is less certain.

Yet if we do not want to become zombies in turn, we need to wake up quickly and make radical changes to the paradigm of domination and of the coloniallity of power which has maintained for centuries the exclusion of peoples and populations on the borders of the developed world, without any qualms, only sometimes with a little patronising pity.

This is more of an ethical and political question than a moral one. To come out of the darkness that kills all societies is more than urgent.

The old world can not do it alone ; it has no other choice but to join and make the world with the young that have been voluntarily excluded —and this is true in all latitudes— to question the paradigm that organizes its domination, to question it and to rebuild a social, economic, cultural, and environmental order based on the absolute necessity of implementing non-discrimination with its corollary of equality at all levels, national, regional and international.

The Western world has no choice but to accept to question itself, to revise substantially, the paradigm of domination so as to change it by, amongst other things, political co-building, cooperation, solidarity, elaboration of a common political agenda ; It is this condition that this world, which does not cease to extinguish itself, will be entitled remake the world with all the peoples and populations.

January 2016

Notes

[1Thanks to Firoze Manji for the translation