Rencontres de la Fondation Frantz Fanon, 9/12/2015, IMA, suite : partie 3, Table ronde 2 Modérateur : François Gèze, Fondation Frantz Fanon

Magali Bessone, Université de Rennes-1, La réception de Frantz Fanon en France.Magali Bessone, La réception de Frantz Fanon en France [1]

Hamzat Boukari-Yabara, chercheur associé à l’EHESS, La réception de Fanon en Afrique subsaharienne : un enjeu de générations.Hamzat Boukari-Yabara, La réception de Fanon en Afrique subsaharienne : un enjeu de générations [2]

Saleh Mosbah, Faculté des lettres et des sciences humaines de Sfax et Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, La réception de Frantz Fanon dans le monde arabe. [3]

Cornel West (par vidéo), Princeton University, L’héritage de Fanon dans la pensée afro-américaine contemporaine. [4]

Notes

[1Philosophe, professeure de philosophie politique à l’université de Rennes 1, ancienne élève de l’ENS Paris, agrégée et docteur en philosophie, travaille sur les théories de la justice contemporaine ainsi que sur les théories de la race, du racisme et des discriminations raciales. Elle a notamment signé l’introduction de la réédition des œuvres de Frantz Fanon aux Éditions La Découverte, co-dirigé avec I. Delpla Peines de guerres (Editions de l’EHESS, 2010) et avec G. Calder et F. Zuolo How Groups Matter ? Challenges of Toleration in Pluralistic Societies (Routledge, 2014). Elle a signé récemment Sans distinction de race ? (Vrin, 2013).
L’œuvre de Fanon a d’abord été associée à la guerre d’Algérie et c’est comme compagnon de route du FLN plutôt que comme Martiniquais que Fanon a été perçu en métropole dans les années suivant immédiatement sa mort en 1961. C’est seulement dans un second temps, et par le détour de la réception anglo-saxonne, que son travail de mise au jour de l’expérience d’aliénation des Noirs, qui nourrit Peau noire, Masques blancs, a été lu en France. Ainsi la fin de l’« amnésie » sur l’Algérie, coïncidant avec l’arrivée des cultural studies et des études postcoloniales en France, a-t-elle permis à la réception de « troisième génération » de prendre toute la mesure du double enjeu qui traverse l’analyse du fait et de l’héritage colonial dans l’œuvre fanonienne : l’émancipation des « damnés de la terre » doit conjuguer à la fois décolonisation et déracialisation.

[2Docteur en histoire et chercheur associé à l’EHESS, il est l’auteur de Africa Unite ! Une histoire du panafricanisme (La Découverte, 2014).
Frantz Fanon est une figure centrale des études postcoloniales et afro-américaines. En revanche, la réception de son œuvre interdisciplinaire et engagée en Afrique subsaharienne, notamment dans les anciennes colonies françaises, apparaît contrariée par la persistance de schémas politiques, mentaux et idéologiques peu favorables à la diffusion de ses thèses révolutionnaires et anti-impérialistes. Pourtant, l’œuvre de Fanon a longtemps irrigué l’Afrique des années 1960 et 1970, à l’époque où des luttes d’émancipation s’incarnaient à travers des figures comme Félix Moumié pour le Cameroun, Patrice Lumumba pour le Congo, Kwame Nkrumah pour le Ghana, Amilcar Cabral pour la Guinée-Bissau ou encore Steve Biko pour l’Afrique du Sud. Si dans ce dernier pays la pensée de Fanon connaît à la fois une continuité et un renouvellement critique au gré de l’actualité, force est de constater que les programmes d’ajustement structurel imposés au cours des années 1990 dans une grande partie du continent ont dramatiquement contribué à la dépolitisation des peuples africains, et posent plus que jamais la question de la diffusion et de la réception d’une œuvre comme celle de Fanon auprès de la jeunesse africaine.

[3Saleh Mosbah, La réception de Frantz Fanon dans le monde arabe
Professeur de philosophie politique et sociale à la faculté des lettres et des sciences humaines de Sfax et à la faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, où il a été directeur du Département de philosophie, est le rédacteur en chef de la Revue tunisienne des études philosophiques. Ses travaux portent à la fois sur les problèmes de philosophie politique et sociale, arabo-islamiques médiévales et modernes, occidentales modernes et contemporaines.
Si l’on accepte la périodisation courante des Fanon Studies, il est nécessaire d’en affiner les traits et la transfigurer – du moins partiellement – en lui ajoutant des éléments manquants ou en nuançant d’autres éléments existant. La réception de Fanon dans le monde arabe a timidement suivi cette même périodisation : il serait possible de dire qu’après la préhistoire de la réception (1953-1961), le monde arabe a connu une période d’acceptation et de réaction à l’œuvre politique et théorique de Fanon. Mais alors que dans la plupart des régions du monde, cette période s’achève vers la fin des années 1960, dans le monde arabe elle se prolonge pour couvrir les années 1970 (pour les prisonniers palestiniens, cette période dure toujours). Le monde arabe a connu d’une manière complexe la période des biographies, celle de l’habilitation académique de la troisième période et même la quatrième, celle de l’appropriation/transfiguration/défiguration postmoderne et postcoloniale, liée à une problématique de l’hybridation et de la résistance portée par la prolifération des postcolonial studies (et leurs traductions arabes ou françaises) depuis le début des années 1990. Enfin, la cinquième période – décoloniale, cette fois – ne fait que commencer, elle fait partie de la nouvelle manière de lire Fanon : ses adeptes, ne vivant pas nécessairement dans le monde arabe, prennent en charge ses problèmes (ou une partie des problèmes de toute l’humanité) chers au Fanon des dernières pages des Damnés de la terre.

[4Cornel West
He is a prominent and provocative democratic intellectual. He is a Professor of Philosophy and Christian Practice at Union Theological Seminary and Professor Emeritus at Princeton University. He has also taught at Yale, Harvard, and the University of Paris. Cornel West graduated Magna Cum Laude from
He has written over 20 books and has edited 13. Though he is best known for his classics, Race Matters and Democracy Matters, and for his memoir, Brother West. Living and Loving Out Loud, his most recent releases, Black Prophetic Fire and Radical King, were received with critical acclaim. In 1993, Dr. West was the winner of The American Book Award.
Dr. West is a frequent guest on the Bill Maher Show, Colbert Report, CNN, C-Span and Democracy Now. He made his film debut in the Matrix – and was the commentator (with Ken Wilbur) on the official trilogy released in 2004. He also has appeared in over 25 documentaries and films including Examined Life, Call & Response, Sidewalk and Stand.
Last but certainly not least, he has made three spoken word albums including Never Forget, collaborating with Prince, Jill Scott, Andre 3000, Talib Kweli, KRS-One and the late Gerald Levert. His spoken word interludes were featured on Terence Blanchard’s Choices (which won the Grand Prix in France for the best Jazz Album of the year of 2009), The Cornel West Theory’s Second Rome, Raheem DeVaughn’s Grammy-nominated Love & War : Masterpeace, and on Bootsy Collins’ The Funk Capital of the World. His latest spoken word feature reunited him with Terence Blanchard for, “Breathless” – a tribute to the “I Can’t Breathe” movement. In short, Cornel West has a passion to invite a variety of people from all walks of life into his world of ideas in order to keep alive the legacy of Martin Luther King, Jr. – a legacy of telling the truth and bearing witness to love and justice.