« L’héritage de Mandela : la voie vers un avenir commun de paix et de solidarité »

La Fondation Frantz Fanon est intervenue lors du colloque « L’héritage de Mandela : la voie vers un avenir commun de paix et de solidarité » organisé par l’Unesco au cours duquel sont intervenus entre autres le ministre des Arts et de la Culture d’Afrique du Sud, Wole Soyinka -poète et dramaturge nigérian-, Henri Lopes -ambassadeur du Congo-, Aïcha Bah Diallo -Forum des éducatrices africaines-, Alioune Sall -Institut des Futurs Africains-.

Réconciliation, dialogue et cohésion sociale pour une « culture de la paix »

Les transitions politiques engagées à travers le monde depuis une vingtaine d’années montrent, s’il en était besoin, que la réconciliation de sociétés divisées par des décennies de conflits politiques de diverses natures est possible. Les blessures peuvent être profondes et les cicatrices ineffaçables, il n’est pas de fracture qui ne soit curable, il n’y a pas de haine éternelle ni de groupes sociaux qui ne soient irréconciliables.

Face à la nécessité de construire une transition politique, il est essentiel, dans la mesure où il n’y a aucune stratégie applicable de gérer un ensemble de problèmes théoriques et pratiques inhérents à la réalité qui est propre à chaque histoire ; entre autres, respect et mise en oeuvre de grands principes, adaptation des moyens choisis au contexte propre à la situation en présence.

Si cela peut participer à la transition, cette transition démocratique entraîne d’une part, l’abandon des anciennes règles du pouvoir politique et d’autre part, suscite l’apparition de nouveaux acteurs politiques et de nouvelles configurations stratégiques. L’un des défis consiste à créer un niveau suffisamment haut de consensus afin d’éviter un recul politique et d’assurer par là-même la survie des nouveaux rapports politiques, avec le soutien de la société civile, des mouvements alternatifs et des autres acteurs politiques.

Pour assurer le processus de la transition démocratique, il est important de tenir compte, sans les dissocier, de la situation de crise précédant la transition et des conditions qui entourent le processus de transition politique lui-même. A terme, la démocratie doit permettre la manifestation des divers intérêts politiques en présence, laissant à l’ensemble des acteurs la possibilité de trouver une voix d’expression. L’ouverture du système politique constitue ainsi un enjeu capital dans le cadre de la consolidation de la démocratie d’un pays

En ce sens, une des questions fondamentales est de savoir si la paix est possible par l’effacement des mémoires.

L’amnésie volontaire, en tant que mode de gestion de l’histoire, est-elle seulement envisageable ?
La condition du rétablissement de la cohésion sociale passe inévitablement par la désignation des acteurs afin que les victimes comme les bourreaux retrouvent ensemble leur dignité. L’histoire doit être écrite sans concession mais sans esprit de revanche. Les réparations morales ou matérielles doivent être assurées comme doivent être qualifiés les actes de ceux qui ont commis des crimes.

Aussi douloureuse qu’elle puisse être, la phase d’établissement des faits et d’écriture de l’histoire est fondatrice. Il s’agit de l’assumer avec sagesse, avec les seules armes de la raison et de la modération.

La paix n’est pas seulement la résolution objective d’un conflit, elle est bien plus que cela : un processus complexe animé par la volonté d’assurer un devenir partagé fondé sur la justice, sur l’équité et sur la vérité.

A ce sujet, il ne faut pas faire preuve de naïveté, la gestion des conflits -par la voie de la démocratie- ne saurait être entendue comme l’élimination du conflit.

La paix n’est donc pas seulement la fin d’une guerre ou d’un affrontement plus ou moins intense, plus ou moins sanglant, plus ou moins durable ; elle se nourrit de la connaissance de l’autre, du respect de ses valeurs et de ses usages, de la rencontre de ou avec l’autre.

Cela passe par la culture qui constitue –devrait constituer- le socle de la paix entre les hommes, la transmission des savoirs et un échange permanent fondé sur le dialogue et le partage. Elle est inséparable de la dynamique de réconciliation et de la transcendance. C’est ainsi que les ennemis d’hier peuvent construire leur maison commune sur d’authentiques fondations. Cette maison est celle de l’humanité toute entière, debout, émancipée et non seulement libérée, tournée vers le futur dans lequel chacun peut agir, politiquement et socialement, égal et différent.

31 octobre 2014