A Tunis, les altermondialistes doivent donner de l’énergie aux luttes arabes

, par admin

Intervention de Ghazi Hidouci [1], économiste, ancien ministre, Algérie

ghazi

Le thème central des réseaux alternatifs arabes à Tunis est comment soutenir efficacement l’organisation des politiques populaires et des processus de démocratisation au monde arabe. Il s’agit aussi d’un moment fondamental pour ouvrir les mouvements arabes aux dynamiques altermondialistes qui ont choisi Tunis pour organiser leurs luttes.

Un tel événement est important pour les pays d’Afrique du Nord dont les sociétés civiles se retrouvent et qui sont en rêve de leur union effective et pour la nécessaire coordination avec l’Egypte, la Palestine et le Moyen Orient en danger face à la guerre nourrie par les monarchies du Golf et leurs alliés US et israéliens.

Le FSM accueille les Tunisiens, les Algériens, Marocains, Égyptiens, Palestiniens, Syriens, mais aussi Brésiliens, Italiens, des États-uniens et Français. Ce forum est l’occasion de les mettre ensemble et de dessiner les contours d’une alliance populaire stratégique pour les mêmes causes qu’ailleurs dans le monde.

 Il y a malheureusement peu de femmes pour initier des échanges sur les luttes du monde arabe et méditerranéen alors que tout est mis en question surtout en Tunisie.

Quel est partout le bilan ? Depuis 2008, les mouvements sociaux ont tout fait ; les mouvements politiques de toutes tendances sont saturés. Ce sont les gens partout qui manifestent, sont réprimés, et abattent des régimes solidement établis sur leurs polices et leurs corruptions. Pourtant rien ne change malgré les sacrifices. La pauvreté, la marginalisation, le chômage continuent. C’est un printemps arabe complètement récupéré par la réaction qui agit pour diviser les pays, préparer des guerres régionales aux effets terrifiants et installer profondément un capitalisme de prédation.

La relation des citoyens arabes en relation dans ce forum entre eux et avec les mouvements sociaux commence dans ce cadre-là. Il s’agit dans ces jours essentiellement de donner du souffle à « la révolution trahie » ou au moins de mettre en place des voies pour les changements sociaux fondamentaux.  

De nombreux débats seront consacrés à la question syrienne et libyenne mais aussi palestinienne, et sahraouie.

Ce n’est pas la religion qui est au cœur du débat, il faut éviter de s’y laisser enfermer et bien accepter que la confiance a été légitimement donnée dans des élections (par ailleurs discutables) à des dirigeants religieux auparavant emprisonnés et torturés ; ces derniers ont été néanmoins incapables de répondre correctement aux graves injustices du chômage, à l’absence de services publiques, à la spéculation et au manque de liberté. L’objectif de la société civile, alliée au mouvement altermondialiste, est de rappeler, en lieu et place des dirigeants actuels, l’émergence vitale des luttes populaires pour les droits sociaux , partout au Maghreb et dans le monde arabe. Les questions de mobilisation altermondialiste doivent devenir centrales, comme surtout la domination des multinationales et l’épuisement des ressources naturelles au cœur des stratégies de domination tissées par les gouvernements. L’accaparement de la rente minière est un élément de transversalité important dans la région, et un point d’entrée riche pour aborder les questions de justice écologique et de démocratie. Faire avancer une réflexion sur le changement de modèle et structurer les mouvements d’opposition dans la région est un des défis. Les expériences venues d’Amérique latine, du Mercosur – le marché commun latino-américain – et l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), inspireront fortement les luttes populaires arabes. Les témoignages qu’apportent Brésiliens, Argentins ou Vénézuéliens à Tunis seront cruciaux.

Poussé par la réalité de la révolution populaire, le FSM rassemble des cultures militantes extrêmement diverses. Il s’agit pour nous de nous appuyer sur cette diversité pour imaginer le renouvellement des pratiques, la capacité à intégrer des mouvements sociaux récents travaillant différemment et représentant de nouveaux types de dynamiques sociales, en organisant la poursuite de nos débats. Le faire dans le cadre de la référence à Frantz Fanon est tout à fait légitime pour nourrir nos luttes. Le FSM fait partie de cette dynamique. Il faut continuer à s’en inspirer dans la diversité et la transversalité.

Gh 25/03/2013 



[1] Quelques points à partir desquels Ghazi Hidouci aurait organisé son intervention, si des raisons de santé ne l’avaient obligé à revenir à Paris