17 octobre 1961 : Un petit pas

, par admin

Fondation Frantz Fanon

Le 17 octobre 1961 est une date sinistre de l’histoire de France. Ce jour-là la police parisienne sous les ordres du préfet Papon a perpétré des exactions de masse contre des manifestants pacifiques et désarmés. Leur seul tort était d’être algériens et de protester contre les mesures de couvre-feu qui leur étaient spécifiquement appliquées. Plusieurs dizaines de morts et des centaines de blessés résulteront d’un crime d’Etat que la république vient enfin de reconnaitre, cinquante et un ans après.

C’est donc un petit pas, une entaille dans le mur de déni qui a toujours constitué la ligne officielle de l’Etat français. Il s’agit bien d’une reconnaissance à minima, concédée sous la pression des faits et de l’Histoire plutôt que sous celle des victimes et de leurs ayants-droits. Les responsabilités individuelles sont escamotées et aucune réparation n’est à l’heure actuelle envisageable.

En dépit des indignations de commande, parfaitement obscènes, de ceux qui croient voir dans la déclaration du président de la République un acte de contrition ou de repentance, il s’agit simplement d’une évolution circonspecte vers la reconnaissance d’un crime d’Etat. S’ils attachent du prix au respect de leur dignité et à l’écriture d’une histoire conforme aux faits, les citoyens français d’origine algérienne dans leur écrasante majorité ne sont demandeurs d’aucune repentance, notion qu’ils laissent à ceux qui font commerce de mémoire et aux idéologues néocoloniaux qui ont naturellement vocation au mensonge et à la falsification.

Il convient de noter que cette ébauche de reconnaissance tardive de la responsabilité de l’Etat et de ses services de police dans la commission d’un crime imprescriptible intervient dans un contexte de haine de l’Islam et des musulmans fabriquée et entretenue par des milieux qui influent les appareils d’Etat et qui commandent aux médias. Quoi qu’en disent les propagandistes du néolibéralisme en crise majeure, cinquante après la fin de la guerre d’Algérie, la République ne s’est pas débarrassée de ses superstructures et de ses pratiques coloniales.

La Fondation Frantz Fanon s’incline respectueusement devant les martyrs du 17 octobre 1961.