PARAGUAY : UN COUP D’ÉTAT PARLEMENTAIRE

, par admin

FONDATION FRANTZ FANON

Depuis 2008, le Paraguay, après des élections démocratiques, a ouvert la voie à un processus de changement et d’alternance politiques totalement inédits dans l’histoire de ce pays. Une vaste coalition de partis politiques (allant de la gauche au plus grand parti conservateur) a mis fin à 61 ans de règne d’un gouvernement issu du seul Parti Colorado qui avait imposé à l’ensemble du peuple paraguayen 35 ans de dictature militaire.

Le gouvernement du Président Fernando Lugo n’a jamais eu, au sein du Parlement, la majorité -même avec son allié, le Parti Liberal Radical Authentique (PLRA-, ce qui a fortement restreint sa volonté de mettre en place la réforme agraire, essentielle dans un pays où seule 2 % de la population contrôle 84 % des terres cultivables.

Depuis l’élection de Lugo, le gouvernement a dû faire face, pour des raisons les plus invraisemblables, à 23 tentatives de « jugement politique » qui sont autant de procès en destitution.

Le vendredi 22 juin dernier, après un procès mené par des parlementaires sur la base de chefs d’accusation relevant de la caricature et d’irrégularités dans la procédure, la droite politique paraguayenne -soutenue par des groupes oligarchiques et des entreprises multinationales de l’agrobusiness- a réussi à destituer le Président Lugo.

Cette procédure illégitime et illégale a été unanimement condamnée par la majorité de nombreux Etats latino-américains ; le MERCOSUR et l’Union des Nations Sud-américaines (UNASUR) refusent de reconnaître le nouveau gouvernement et considèrent que ce coup d’état parlementaire constitue une atteinte au processus démocratique du pays.

La Fondation Frantz Fanon exprime sa solidarité au peuple paraguayen et à toutes les forces démocratiques de transformations sociales. Elle dénonce l’interruption du processus démocratique du pays qui, après tant d’années de domination et de spoliation, était très marqué par la dictature militaire et avait enfin commencé, malgré les nombreuses difficultés, une transition démocratique.

La Fondation Frantz Fanon condamne le rôle de grandes entreprises multinationales, telles que Monsanto, Cargill, Rio Tinto, Alcan, entre autres, pour leur responsabilité dans la réalisation de ce coup d’État.

Ces entreprises, ayant des intérêts importants au Paraguay, sont en lien direct avec les grands propriétaires terriens dont les cultivateurs de soja –le Paraguay est le 4ème exportateur mondial de soja.

L’action du gouvernement de Fernando Lugo portait, entre autres sur la lutte contre la corruption et la souveraineté énergétique, sur l’interdiction de la légalisation des semences OGM et sur la récupération des terres « volées » pendant la dictature ; une réforme agraire devait porter sur ces terres, ce qui allait à l’encontre des intérêts des groupes économiques ayant favorisé ce coup d’État.

La Fondation Frantz Fanon, pour qui la colonisation revêt des formes contre lesquelles il faut résister, demande, par respect des droits du peuple paraguayen, au gouvernement français et à l’Union européenne de condamner ce coup d’état imposé hors de tout processus démocratique et s’exprimant contre la volonté du peuple paraguayen pour ne pas soutenir la réinstallation d’une dictature avec à la clé la "réoccupation" du Paraguay par les Etats-Unis.