Conditions nouvelles de Politique arabe

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Par Ghazi Hidouci

I- Introduction

1- La principale raison de ce texte est notre volonté de répondre aux réflexions exprimées en raison de l’initiative de l’engagement ijtimah pour la paix et la justice en Algérie à un moment aussi décisif . `Les arguments que je veux afficher ici expriment ma culture fidèle à ma trajectoire politique historique nourrie par la colonisation et par le vécu, dans l’Algérie indépendante, de la lutte populaire d’émancipation. Chacun peut et a droit de partir autrement ; les implications sont naturellement différentes sans qu’il y ait lieu de faire procès.
Je laisse de côté les questions complexes de coordination et d’organisation, difficiles à mettre en place de façon innovante hors des hiérarchies et des partis. Nous ferons des débats que nous publierons sous forme de vidéos vivantes….

2- C’est toujours d’un point de vue universel que se pose la « question » de la portée universelle d’une identité territoriale capable de côtoyer solidairement celle de tous les humains de la planète. Il n’y a pas de pensée locale excluant la pensée souveraine : cette question fut permanente dans la revendication anticoloniale du FLN et dans toutes ses prises de position ultérieures sur la solidarité internationale. Avec d’autres, nous avons partagé concrètement une volonté commune pour la justice, le respect de tous, le silence des armes. Pourquoi nous sentons-nous paralysés pour le faire aujourd’hui ? Avons-nous autant perdu dans nos mémoires ? Somme nous une tribu particulière ? Est-ce un comportement nourri par l’esprit de l’umma ?
Avec les gens de 1954, nous maintenons sans en changer un mot la vision dans nos positions vis-à-vis des guerres coloniales et de la plus spectaculaire d’entre elles, depuis 1948, celle du peuple palestinien. Nous n’acceptons pas qu’un peuple soit opprimé, nié, chassé, au motif qu’il pense différemment ou qu’il est faible. Cet engagement est demeuré solide et juste devant l’histoire, et dans les moments les plus difficiles, comme celui qui consiste à penser l’engagement pour nous soutenir des puissances publiques étrangères. C’est ce principe qui nous empêche de considérer crédibles l’Occident vis-à-vis de la Révolution arabe compte tenu de ses positions sur La Palestine et toute la résistance arabe qui aligne son combat sur cette énorme injustice.

3- L’activité politique officielle d’autrefois dans la lutte de libération nationale est de nouveau analysée dans les mêmes conditions. Elle aboutit sans aucun doute à constater la grande confusion des partis dans la situation actuelle : l’effondrement des partis élitistes de la tradition du XXème siècle s’effondre. L’absence de capacité politique et la saturation des partis se disant islamistes l’impose pour une fois depuis le grand espoir de la Nahda. La résistance musulmane qu’on a vue à l’œuvre en Algérie, entre les années 80 et les années 90, dont l’ambition était d’en finir avec l’oppression et le tribalisme (sud contre nord, et réciproquement, kabyles contre arabes et réciproquement) n’a pas abouti. Elle n’a pas su entraver la négation du droit à l’existence des gens. Elle confirme le retour d’une vision d’alliance coloniale et capitaliste. Il faut donc constater l’échec de la réforme de la pensée et de l’action en termes de partis affichés de la société musulmane.

3.1 Comment subissons-nous dans ce cadre la réalité ? Nous sommes dans un monde arabe où coexistent trois cas de figures :
• le cas égyptien, le plus parlant aujourd’hui, où les islamistes s’associent au gouvernement pour accepter les réquisitions américaines sur le modèle de développement et sur la paix au Moyen Orient.
• le cas syrien dans lequel les mouvements politiques n’est pas en état de proposer une alternative au régime de Bachar, qui est un régime militaire sans appel à l’étranger, sauf à appeler à la guerre civile sous contrôle international.
• Le cas lybien où l’OTAN gère le comptoir, le tribalisme est dominant, les islamistes affichés au pouvoir, les étrangers présents… et la Libye en guerre intérieure.
• Le dernier cas, en train de se construire, est celui de l’Algérie où les islamistes, après avoir joui de la faveur populaire, s’apprêtent à négocier un parlement négocié sans âme et sans programme et d’entrer au parlement dans les mêmes conditions qu’en Egypte.

3.2 N’avons-nous pas d’autre choix ? Ne nous est-il pas insupportable d’assister à ce moment de l’histoire où les pires idées ont pollué tant de consciences y compris parmi celles et ceux qui auraient dû être aux avant-postes de la solidarité en raison de leurs souffrances ?
Maintenant que de nouveau les idées des révolutions arabes sont en action dans notre région, nous voyons bien que la libération de cet enfermement doit venir de nous, de notre culture de musulmans- j’entends ici musulman dans le sens de
« culture populaire » loin de tout travestissement d’emprise islamiste- qui ne fait pas défaut et dont nous ne pouvons douter un instant.
 Et nous devons pour cela interroger les valeurs, le modèle des résistants musulmans, des progressistes musulmans et autres qui ont fait notre honneur, hier et aujourd’hui. C’est à partir de ces interrogations sur les valeurs, la pensée et l’action politique que l’appel en question veut contribuer à la fois à la paix et à la renaissance d’une culture de libération et de solidarité. Ce sont ces valeurs qui constitueront la base de cet appel. Il n’y a pas de continuité mais plutôt rupture dans le mode de pensée et dans l’organisation et le rapport à l’Etat.

II- Remarques politiques sur les principes de la pensée politique :

Article 1 : Nous sommes dans la zone des tempêtes. Les accords qui nous ruinent se font dans notre dos. Les gouvernements qui nous dirigent sont devenus des protagonistes actifs de la guerre contre tous, et les plus fidèles vassaux de ce terrible empire post colonial us, apte aujourd’hui non seulement à asservir l’humanité mais à la détruire en totalité. Ceux et celles qui en sont pas conscients ne peuvent pas effectivement suivre le cheminement.

Article 2 L’absence de « politique et de politiques » nous trouble : dans ce qui se passe, les gens n’arrivent pas à comprendre le silence face à l’indignité et au refus, comme en Syrie, d’un minimum de justice. Qu’est-ce que c’est qu’être militant musulman avec cette acceptation en pensée et en actes de régression ? Nous nous adressons aux musulmans algériens et nous les interpellons sur ce point.

Article 2 bis : En tant qu’algériens cultivés par la révolution de 1954 nous ne comprenons pas le parallèle entre le musulman engagé dans la Révolution et celui dont la culture vient apparemment des mêmes événements libérateurs anciens, mais qui accepte à ce point dans la soumission venant de l’agression extérieure.

Article 3 économique : Dans cette perspective, se taire sur les damnés qui sont la grande majorité suscite la même interrogation. Cette « disparition » depuis 62 n’est pas une absence. Et la nécessité aujourd’hui refait loi, dans d’analogues conditions d’indignité et devant d’analogues comportements et procédures.
Conclusion : Au-delà du comportement hypocrite des autorités dans le monde arabe, nous affirmons que la propagande piétiste n’a pas de discours politique approprié. Elle se dispose en Egypte, en Algérie et ailleurs dans le processus traditionnel du jeu stérile entre partis prêts à ne rien changer sauf la note qu’il faut faire payer aux gens.

 Nous n’avons nullement besoin de parti pour cela. Nous sommes les seuls, hors les partis, à demander de résister. Le FLN a disparu, comme aujourd’hui la vague d’espoir piétiste, faussement rattachée dans le discours à l’Islah du début du XXème siècle.

° Que faire ? C’est le sens de l’appel.

 L’appel ou la déclaration personnelle , sans attendre d’organisation externe, est devenu une nécessité qui se proclame solitairement ; un besoin et un acte volontaire, aussi naturel que celui qui consiste à prononcer son origine ; c’est sans importance que ceci soit rationnel ou calculé…Dès que nous vivons une telle injustice, partout, il y a une nécessité de répondre comme on peut. Le monde est ainsi fait. Il faut bien commencer à son propre niveau comme au moment des révolutions qui ont paru tellement utopiques aux rationalistes. Qui désignes-tu par ce mot ? N’importe quel algérien conscient qu’il existe politiquement.

Et c’est ainsi qu’on est scindé : il y a deux branches à la vérité, la guerre injuste et la
résistance, les rentiers maintenant déguisés en dévots dans la mondialisation et les exploités. Cette situation est le fonds de notre objectivité.

Nous sommes solitaires parce que les mouvements politiques ont disparu ; l’engagement politique se fait sans médiation là où nous nous trouvons pour débattre, nous protéger et discerner ce qui peut nous arriver. L’assemblée, en aussi grands ou petits nombres de comités que nécessaire, est une idée simple et immédiate. L’établissement durable et l’organisation viennent après. Dans l’assemblée on voit comme les gens, au ras de leurs problèmes, et qui comptent sur eux et non sur une organisation externe. Ce n’est pas la démocratie des élections organisées par les autres, ce n’est pas la parole d’en haut ou officielle. On parle de nos préoccupations et de notre vision, démocratiquement élaborée. Chacun figure sa position et en débat, tout le monde apprend et avance.

 La pensée sociale, l’action politique de proposition et le mouvement deviennent une arme populaire contre nos défauts d’abord, utilisée ensuite avec méthode et afin de sortir de l’obscurité.

II- Eviter les contradictions que les modes imposés par les politiques libérales :

Politiquement,

1-Dans ces temps de démagogie et d’exaspération, on doit éviter de faire de la politique avec de l’indignation ou seulement de l’indignation. Le prix payé en 1991 par le piège tendu aux mouvements populaires en Algérie par l’erreur politique de lutte des directions islamistes ne doit pas être oublié. La politique est justement ce qui institue des lois qui empêchent de céder aux pulsions, par la liberté de chacun de s’ouvrir aux autres et de construire par la négociation et les luttes communes de celles et ceux qui veulent vivre ensemble.

2-Corollaire de ce choix politique, le jugement sur une situation doit s’établir non sur les intentions vraies ou supposées mais sur les faits et sur les conséquences réelles d’actions.

2.1 Et par exemple au-delà des provocations intolérables contre les gens ou accomplies au nom de la justice et la liberté, s’interroger toujours sur le rapport de forces réelles et sur la nature des dangers, d’où ils proviennent et ce que l’on peut attendre d’une action ou d’une réaction.

2.2 Nous ne nous laisserons pas détourner de la volonté de paix et du refus de la violence comme nous ne nous n’en sommes pas détournés aujourd’hui, pour sortir de l’oppression, de la lutte contre le Capital, la finance de spéculation et leur arme, l’impérialisme.

3- S’ouvrir à la paix n’empêche pas de demeurer ferme sur les principes :

3.1 le système de pouvoir arabe est profondément corrompu, Ce qu’il fait en réprimant est le signe de la régression que la corruption a engendré. C’est pourquoi nous n’acceptons pas que des révolutions et des leaders révolutionnaires aient la moindre complaisance pour ce système.

3.2 Nous ne confondons pas dans notre pensée et notre action ce combat et le combat pour la paix, pour la politique juste du développement économique et culturel pour les pauvres. Les deux sont fortement liées et l’alliance politique se construit sur l’un et l’autre et non sur l’un sans l’autre.

3.3 Nous n’oublions pas simultanément qui est l’agresseur capable d’arbitrer par la force contre la volonté de libération et de justice, qui nous guide par tous les moyens vers l’échec de la Révolution. Les peuples du monde préféreront toujours leurs tyrans à ceux que leur impose une puissance étrangère et ceci est d’autant plus vrai quand, comme le peuple irakien, palestinien, syrien, et iranien, il peut voir dans son quotidien les effets de cette intervention : la destruction d’une société entière, l’affaiblissement d’une nation. Au contraire, les Etats doivent se rendre dignes de représenter de grands peuples et de vraies nations souveraines alors qu’ils semblent plutôt pratiquer la conviction que leur meilleure chance de survie face à un peuple rebelle et politisé est justement cette menace étrangère.

3.4 Il appartient aux Etats face à cette menace d’aller vers l’accord avec leurs peuples quel qu’en soit le prix et non lui résister par la violence et l’aveuglement.

3.5 Aider le peuple, pour un Etat, c’est refuser la pression et parmi toutes les pressions l’intervention étrangère et dans le même esprit ne pas se laisser imposer de sanctions. Si un Etat en use autrement et se comporte avec un tel cynisme colonial c’est parce qu’il est convaincu que les USA et l’OTAN, avec l’aide de l’Arabie saoudite, en entretenant une insécurité permanente, vont insuffler le racisme et la haine comme moteur de la bataille, quitte à déconsidérer le combat des peuples pacifiques. Ceci fut fait par Sadam avec le résultat connu, Faut-il le refaire aujourd’hui ? Il faut sur ces questions difficiles retrouver la politique dans ce qu’elle a de moins fantasmatique, ne pas juger seulement des intentions prêtés aux uns et aux autres mais des faits et de leurs conséquences potentielles.

C’est à ces conditions, et dans l’ensemble du monde emporté par la révolution arabe, que ce fixe la chance d’un contrat pour la paix esquissé dans l’appel :

°oubliez la volonté rentière de diriger selon la politique globale monétaire et économique libérale le destin économique des peuples et des pauvres de ces peuples, c’est à dire leur besoin d’obtenir des réponses quant aux droits légitimes à l’emploi, à la nourriture et aux servies publics,

°Comprendre l’importance vitale de leur droit pacifique à soutenir le combat anti-impérialiste des Palestiniens, a obliger le gouvernement israélien à respecter la légalité internationale, et le droit des palestiniens à un état viable.
°Encourageons-nous à éviter l’agression et à trouver les moyens de se libérer de leurs dirigeants qui nourrissent la crise dans le monde entier, les font vivre dans une insécurité permanente et veulent continuer à faire régner l’ordre de la terreur, tout en faisant du droit du plus fort un modèle de civilisation.

III Politique possible dans les conditions nouvelles.

Bien souvent dans le débat, on me demande de compléter l’analyse de la situation par un projet d’avenir, du moins dans ces grandes lignes. C’est bien trop long et j’invite si nécessaire à consulter les nombreux papiers faits régulièrement et adressés directement au débat social et économique en Algérie. Il est toutefois nécessaire de le faire sur des points d’actualité fondamentaux que je souhaiterai rappeler. Certaines constituent fatalement des répétitions, notamment relativement aux dangers de guerre internationale.

I La guerre est une réalité dont les débats ne parlent pas.

L’Iran, convaincue d’être visée par la guerre, se « prépare au pire » pour faire face à un renforcement des sanctions financières et pétrolières, à la pression politique et médiatique occidentales et les surmonter. « Nous ne sommes pas réellement inquiets, car nous avons préparé des réponses adaptées au pire des scénarios et établi un plan d’action pour y faire face », a déclaré le chef de la diplomatie iranienne. Le Congrès américain vient d’autoriser un embargo contre la Banque Centrale d’Iran et les exportations pétrolières d’où Téhéran tire 80% de ses ressources en devises, et l’Union européenne (UE) envisage des mesures similaires.

Les peuples arabes sont soumis aux sanctions de domination et à des « guerres fragmentées » en étape préliminaire qui vise l’Iran pour mettre fin au danger de mise en cause nucléaire dans tout le Moyen Orient. Les régimes arabes n’envisagent aucune politique publique affichée de défense parce que dans ce cas elle passerait au minimum par le soutien de leurs peuples. Personne avec les stocks d’or n’est prêt à faire face à des sanctions contre les systèmes bancaires internationaux qui ont pignon sur rue et qui sont alignés sur Wall Street et Bâle, alors que le Japon, allié fidèle des USA s’allie à la Chine pour se protéger du dollar. L’espionnage international travaille sans contrainte dans tous les pays arabes au nom d’une lutte commune contre un terrorisme que nous savons alimenté par les régimes eux-mêmes.

Que devons-nous faire avec nos moyens de pensée pacifique ? Penser à nous mobiliser dans les assemblées citoyennes de survie à notre portée. Au plan international, justifier l’acceptation et le renforcement de politiques d’agression et de pillage néocolonial ne peut convenir ; dans notre politique internationale, il faut apprendre à comprendre les impérialismes et les dictatures en général, et résister à la corruption du pouvoir économique et l’alignement à ses propagandes de valeurs.

II L’économie populaire

Au-dedans, nous devons construire un cadre d’action politique social et économique des moustahafine. Nous devons affirmer de sa nécessité et continuer à le revendiquer même lorsque les pouvoirs tyranniques (comme en Syrie, en Algérie ou en Arabie sont soumis aux pressions de l’OTAN. Pour réussir, il faut aussi comme en 1954 mobiliser les gens sur la base de la guerre faite au peuple au quotidien et contre la peur.

En Algérie, pour cela, il faut que le travail politique de débat et d’échange s’organise dans le peuple et non dans les appareils de clans et en dehors. Ceci est bien difficile lorsque nous sommes isolés. Nous appelons pour cela en interpellation urgente nos imams, les militants de tout bord, femmes et hommes fidèles à leurs principes.
Il faut lutter pour mettre un terme à plusieurs objectifs contraignants qui stimulent ceux qui nous gouvernent depuis trop longtemps :

Point1 dénoncer que ce pouvoir monte les gens les uns contre les autres pour mieux les contrôler par des moyens clientélistes et communautaristes ;

Point 2 refuser qu’il désigne des "populations dangereuses", voire des "ennemis intérieurs" pour justifier le renforcement de la fonction policière et répressive de l’Etat et en même temps,

Point 3 ne pas accepter qu’il réduise les citoyens à la résignation grâce au chantage au profit spéculatif et à l’insécurité ;

Point 4 expliquer qu’il masque le renoncement des politiques publiques à la priorité aux services de masse et qu’il s’organise arbitrairement à redistribuer par l’Etat de l’argent des contribuables aux prédateurs monopolistes et faire de choix des politiques économiques et sociales qui soient abandonnés aux entreprises multinationales et aux organismes financiers internationaux. Voici d’autres principes politiques à privilégier.

III Liberté de circulation ans le monde arabe :

Toute loi actuelle criminalise la solidarité des arabes et des musulmans pour l’égalité des droits ; il s’agit de lois scélérates qu’il est du devoir des gens de ne pas appliquer. A leurs places il nous faut une loi garantissant le droit du sol et les droits des étrangers et d’abord des arabes et musulmans qui vont souffrir de l’extension de l’agression. Il faut dépénaliser leur séjour irrégulier.

° Il faut lutter pour un coup d’arrêt à l’escroquerie selon laquelle les pays arabes deviennent forteresse et organisent le déni des droits des migrants qui dessert les intérêts des travailleurs-ses arabes et musulmans.
° Il faut refuser les accords sur les délocalisations et la mise en concurrence des travailleurs au niveau mondial. En plus du fait de maintenir des millions de personnes dans des conditions de vie indignes, cela sert au contraire à fragiliser les droits des salarié-e-s arabes en favorisant le travail au noir dans des conditions inférieures aux normes en vigueur (dans le bâtiment, l’agriculture, le textile, le nettoyage industriel, les aides aux personnes etc.) et à préserver les très grandes différences de rémunération entre pays.

IV Pénurie des logements sociaux et des services publics :

° La question du droit de toutes et tous à un logement digne et à une santé saine est une des premières priorités que doit se fixer toute politique qui se prétend soucieuse de justice sociale dans un monde arabe aux ressources certaines. La fin du mal-logement et de la privation de logement est un objectif réalisable à échéance relativement courte. Le seul obstacle est la complicité des politiques publiques avec les intérêts de la spéculation immobilière et foncière et avec des banques prédatrices. Il faut mettre en place une politique digne des trésors publics.
°Il faut un grand plan de rénovation urbaine qui soit profitable en priorité aux populations qui en ont le plus besoin. Il doit avoir pour but central la réhabilitation des conditions de vie des habitants des quartiers populaires et des mal-logés. Il faut appliquer un système de péréquation fiscale entre les collectivités territoriales qui soit plus favorable aux territoires où vivent des couches populaires modestes.

VI) Les musulmans :

C’est devenu hélas un point de fixation dans le débat international, ne pas en débattre relève d’un manque de réalisme. Il faut pourtant veiller à ce que notre culture de paix et de liberté demeure vivante dans ces tristes moments :
° Il est impératif de trancher la vision et la pensée pratique relatives à la position de principe de partis se réclamant en tant qu’organisations de l’Islam :

- l’Etat n’est pas discriminatoire dans sa gestion sociale. Il faut défendre la liberté de la pensée religieuse par rapport à l’Etat,

- l’Etat doit d’imposer constitutionnellement le respect des droits et libertés des individus quelle que soit leur origine ou leur orientation philosophique ou religieuse, de garantir la liberté de croire ou de ne pas croire ainsi que la possibilité de pratiquer ses convictions dans des conditions dignes, d’égalité entre les cultes et de respect des droits de chacun-e.

- Parmi les droits les plus fondamentaux nous mettons aussi les droits à la libre expression, à la liberté de la presse, à la liberté de critiquer y compris les croyances et religions.

- Il faut plus largement être pour une législation qui se donne les moyens de défendre effectivement le libre choix des femmes. C’est pour cela que nous tenons à ce qu’un sérieux effort de pensée et de mobilisation soit déployé pour distinguer ceux-ci de l’incitation à la haine, de la stigmatisation et de la mise à l’index de parties de la population. Elles ne sont pas dignes de la position de musulmans.

VII) La guerre contre les peuples du Moyen Orient (aventures militaires dramatiques sur le Monde Arabe et l’Iran).

1) Pour ce qui est des menaces des Etats-Unis d’Amérique de replonger la région
moyen-orientale et le monde dans une nouvelle guerre, je suis contre tout projet d’intervention militaire contre le printemps arabe, la guerre n’est pas le moyen juste ni efficace de résoudre les problèmes. Tout d’abord, il est nécessaire de dire que les troupes d’occupation doivent se retirer immédiatement. Tout doit être mis en œuvre au niveau des régimes mis en cause pour restituer aux peuples arabes les richesses pillées et pour reconstruire des sociétés qui ont été plongées dans l’horreur et la destruction par des politiques criminelles dedans et dehors. Nous devons user de notre position vis-à-vis des peuples d’occident épris de paix, en coopération avec tous ceux qui ont intérêt à la paix, pour faire obstacle à la folie guerrière et hégémonique en projet.
° Il est temps que soit engagée par ceux qui possèdent l’arme nucléaire un processus visant à dénucléariser complètement les rapports internationaux et les programmes de défense et à l’adoption d’un pacte mondial de bannissement de l’armement nucléaire, chimique et bactériologique. C’est la seule manière crédible et durable de faire obstacle à une prolifération incontrôlable des armes de destruction massives.

2) Israël et le droit international.
Il est insupportable que le peuple palestinien continue à être systématiquement excepté des droits reconnus aux peuples à l’autodétermination, à la liberté et à la vie. Il est insupportable également que l’Etat d’Israël continue à être dispensé systématiquement de l’obligation de respect du droit. Il y a en outre une urgence absolue à reprendre les aides directes indispensables à la survie des palestiniens,
et à imposer la levée immédiate du siège imposé aux populations de Gaza et de Cisjordanie ainsi que l’arrêt des incursions armées et des bombardements réguliers qu’ils subissent. Il faut se mobiliser pour faire cesser la complicité criminelle.

3) La gestion politique courante du peuple de la pensée de révolution arabe :
° Dans ce qu’on appelle la Révolution Arabe, les dirigeants auraient aimé la victoire des mouvements traditionnels, nationalistes encore à la traine grâce à la tyrannie, même s’ils sont rongés par la corruption et le défaitisme.
Ils sont soutenus par l’Occident, parce qu’ils s’affichent modernes non musulmans ou alliés fidèles, alliés même critiques, de ces derniers. Nous devons leur rappeler constamment que la victoire durable et pacifique est celle que pensent les peuples et non celle des équilibres précaires entre gouvernements.
° Les occidentaux discernent aujourd’hui que les mouvements piétistes, ici et ailleurs, ont gagné grâce à l’extrémisme et à la corruption de leurs adversaires nationaux et à l’exclusion occidentale : ils n’ont, « ce faisant », aucun mérite. D’ailleurs, la propagande dit qu’ils ont déjà eu tord de gagner car cela ne sert qu’à faciliter la vie à l’OTAN et au gouvernement israélien qui ne vont plus se gêner pour ignorer la venue d’une possibilité de paix et de progrès des droits.
°La majorité que l’on appelle à voter est considérée satisfaite dès qu’elle a choisi ce qu’on lui désigne ; On refuse de penser qu’elle a voté ainsi pour protester contre les pratiques de l’Etat national et non parce qu’elle fait confiance aux programmes non connus de nouveaux élus. Les élus ont été légitimés par défaut ; D’ailleurs, les Américains et les Européens reconnaissent déjà qu’ils ont donné le droit de vote et l’organisation des élections pour des gens apolitiques et fantasques, qui, en tant que musulmans « fondamentalistes », vont en plus en profiter pour empoisonner la vie de leurs femmes « modernes » et marginaliser leurs opposants « présentables ». Rappelons tout de même que l’occasion créée et les élections organisées l’ont été pour des raisons et des motifs non choisis par les arabes et encore moins par les « fondamentalistes ». Ces derniers ont simplement profité de l’occasion pour dire non aux Etats-Unis et à Israël. Et c’est ça qui est en réalité insupportable pour tous ceux qui auraient voulu éviter cette éventualité qui les place devant des choix clairs, sinon courageux, dans leurs situations propres.
° Le peuple a bien voté contre les pratiques partisanes devenues celles d’appareils démissionnaires de production de privilèges et de corruption, ayant de plus rompu avec les traditions de lutte indépendantiste. C’est tout ce qui peut être avancé aujourd’hui. La force du vote est également constituée d’une réaction aux politiques israéliennes et américaines, mais elle doit pour être crédible puiser surtout dans ses bases sociales et son organisation, son appui sur les structures de la société civile populaire, et dans le choix de la résistance que le mouvement a adopté pour toute réforme. L’appel à la morale islamique par les partis en action parle également de façon équivoque aux prolétaires exploités, qu’aucun militantisme sécularisé n’a su encore mettre réellement en confiance. Le vote sans surprise montre la force culturelle du contrat social qui unit les arabes en dépit de leurs souffrances. Lui faire la guerre augmente son influence et parmi les masses musulmanes par le fait qu’Israël et les Etats-Unis transforment ainsi la situation en défi des volontés. Aujourd’hui l’intervention américano-israélienne contre les pays du moyen orient et les menaces portées contre la société palestinienne du fait de son vote produit un effet de soutien massif des clases populaires dans le monde musulman. Ces dernières expriment un témoignage d’honneur car les peuples vivent dans un contexte arabe et musulman où les pouvoirs tremblent sous les menaces américano-israéliennes. Ceci fait partie dorénavant d’un potentiel de force à la disposition du renouveau s’il sait le mobiliser.

4) Pour le moment les Etats-Unis Israël et l’Union européenne menacent des pires catastrophes. La plus immédiatement affichée elle celle du ventre : l’assèchement de l’argent de la mendicité affaiblira d’abord l’économie parasitaire qu’il a nourri jusqu’ici et qui a perdu les élections ;

 5) Le problème du nouvel élu (puisqu’il y en a) c’est surtout le fait que la fausse autorité exécutive est pieds et points liée à la volonté capitaliste sous ces deux visages, économique et stratégique ; c’est dans cet accord que se situe la source de la corruption et de la compromission.
 Pour éviter cela, le nouvel élu n’a que deux choix :
  le premier est de démanteler l’« Autorité » dont il est élu, ce qui conduira à l’intervention directe des appareils sécuritaires américanoisraélo-européens peut-être soutenus par les caciques du pouvoir allié pour mettre un terme à la voie démocratique ;
  le second choix est que les perdants, et peut-être les régimes dans leur ensemble, acceptent la proposition d’un front qui assume le contrôle de la stratégie des négociations, et un pouvoir exécutif formé par des techniciens compétents et honorables pour gérer les affaires de la société, avec le contrat social de libération et sans prérogatives externes.

VII) Que faire pour cela ? ; Retour à l’Appel : Libérer la puissance d’agir des gens :

1) L’important mouvement social actuel pose la question nouvelle : comment résister aujourd’hui face au néolibéralisme triomphant ? Comment ne pas se laisser submerger par un triste sentiment d’impuissance ? En l’absence de modèle alternatif
livré clé en main, et sans promesse d’un avenir meilleur, la réponse, se trouve peut-être dans les expérimentations concrètes qui fleurissent partout dans le monde.
Bref, apprendre à agir efficacement « ici et maintenant », tout en faisant preuve de patience. Il faut avoir le courage d’assumer une époque complexe. La création de quelque chose de nouveau prendra le temps qu’il faudra. Il n’y a pas de raccourcis.
Ceux que nous nous proposent les partis sont des voies sans issue. Aujourd’hui il existe une myriade d’expériences d’éducation populaire, de contre-pouvoirs, d’associations de quartier… Où que l’on regarde dans le monde entier, les gens cherchent pratiquement comment faire autrement. »

2) Pendant un siècle et demi, le moteur des luttes était dans l’espoir du futur, dans une promesse. On vit aujourd’hui dans une société où le futur représente une menace. Ce n’est donc certainement pas dans le discours sur le futur que l’on va trouver la force de se battre. Toute évocation du futur a tendance à nous inhiber, à nous paniquer.
Et c’est justement au nom de ce futur que le pouvoir nous domine et nous rend triste. Comment bouger si nous n’avons pas la motivation d’une promesse ? Le moteur des luttes a changé de place, il est ici et maintenant, dans le présent.
Le néolibéralisme n’est pas centralisé, il existe comme la résistance à ce néolibéralisme sous des formes différentes dans chaque lieu. La question n’est pas comment le vaincre, mais comment résister au néolibéralisme dans chacune de ces situations . Le résistant doit développer sa pratique, en pensée et en action, en puissance d’agir des gens contre le désir de consommation, dans la peur.

3) Le gouvernement et le pouvoir en place ne se radicalisent pas. Ce que font les gouvernements ou les classes allies, c’est simplement appliquer le projet néolibéral : casser de l’humain, casser la solidarité, ils veulent une flexibilité totale, sans règle. Le néolibéralisme applique simplement son plan de cassure de tout acquis, de toute barrière qui limite la seule recherche des bénéfices.

4) « Nous sommes, héritiers de 1954 et de la révolution populaire, en cette date du
11 janvier 2011, invention de la restauration sans âme, les héritiers d’une pensée qui estime qu’un être humain conscient, qui pense, est un être humain qui sera du côté de la liberté. Et ça est avéré non vrai. Un être humain conscient qui pense peut être un tyran, voire pire ! C’est cela le sens de l’anniversaire. La conscience ne garantit absolument rien. Être conscient de ce qui se passe ne change pas les choses. Cet optimisme simpliste s’est cassé la figure avec ses utopies. Un homme éduqué n’est pas vacciné contre la barbarie. Si nous voulons que les gens puissent vivre autrement, il faut construire des pratiques d’éducation alternatives. Dans l’école, dans les quartiers, il faut que les enfants expérimentent que la solidarité est plus joyeuse que l’égoïsme. Si on l’explique à quelqu’un, il va comprendre, mais en pratique il restera de l’autre côté. Le grand défi, c’est de pouvoir éduquer à travers des pratiques transmissibles et non pas à partir de concepts compréhensibles.
Autrement, il y a une série de conflits et qui refoulent. Le conflit se condamne à l’affrontement violent, sur des problèmes culturels, religieux ou sociaux. Ce n’est pas pareil de dire : ces conflits existent, comment fait-on société ensemble, que de chercher leur résolution. S’il y a conflictualité, nous pouvons avoir des territoires et des projets en commun. C’est l’une des voies de reconstruction des résistances.

5) A un moment critique de questionnement sur les rapports de l’Etat et de la religion , une réalité culturelle vivante a moins besoin de partis classistes que de groupes communautaires, de production sans entraves de la pensée humaine, de lieux de rencontre publics de plein droit, d’associations, de syndicats, tout ce qui permet aux gens de renforcer le tissu social et de permettre le contrôle et l’influence sur le débat public. C’est ceci qu’il faut appeler et mettre en place. Le risque d’insécurité de déstabilisation et de régression, leit motiv réactionnaire, se situe plutôt dans tous les faux régulateurs policiers des dangers supposés issus du peuple dont les excès produisent les inégalités, les individus isolés et désengagés, démoralisés et socialement impuissants.
Nous cherchons en conclusion, la construction d’une souveraineté qui permette :
Ø la capacité politique populaire autonome,
Ø la justice indépendante,
Ø une économie politique durable et prospère et
Ø le respect sans entrave coloniale classique de notre culture,
C’est une affaire qui nous est propre en tant qu’êtres libres, elle est interne et non
négociable dans les transitions.
La clé de modification de régime se trouve dans la l’élimination de la rente illégitime,
de corruption dans le principe, sous ses différents aspects
- de politique économique non rentière,
- de lois communes d’accès aux droits et
- de contrôle de la spéculation sous ses formes financières et économique.