Les nouveaux habits de la peine de mort depuis la loi de 2008

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Par Mireille Fanon-Mendes-France

La mort de Pierre-Just Marny, l’un des plus anciens prisonniers -48 ans derrière les barreaux- est passée pratiquement inaperçue, masquée par la crise financière qui secouent les banques et les gouvernements et par l’enlisement des guerres injustes et sans aucun fondement menées par les pays occidentaux sous l’égide des Etats-Unis.

En Martinique, Pierre-Just Marny, Martiniquais âgé de 68 ans, s’est pendu dans sa cellule à l’aide d’une corde confectionnée avec des draps dimanche 7 août.

Après une première condamnation pour vol en Martinique, il décide dès sa sortie, en 1963, de retrouver ses complices qui l’ont laissé purger seul cette peine.

Cette recherche se soldera par la mort de 3 personnes, dont un bébé et par 3 autres qui seront gravement blessées. Après une cavale qui dura 3 jours, il sera arrêté mais réussira à s’échapper. 9 jours plus tard, il sera repris, blessé par une rafale de mitraillette. Il n’était pas armé.

Son arrestation sera l’occasion de graves affrontements en Martinique où il fera figure de héros.

Jugé à Paris, pour éviter de nouvelles révoltes de rue, il sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Sa peine se déroulera dans une unité pour malades difficiles car son état psychiatrique a été jugé dangereux aussi bien pour lui-même que pour les autres

En 2008, il retourne en Martinique et réussit, grâce à ses avocats, à obtenir en 2010 une permission de sortie pendant 6 heures. Devenu aveugle et souffrant de graves troubles psychologiques aggravés par sa très longue rétention, Pierre-Just ne désirait qu’être libéré car il avait suffisamment payé pour les faits qu’il avait commis.

Mais il ne réussira jamais, malgré ses nombreux soutiens, à se voir appliquer le recours en grâce présidentielle ou à voir aboutir sa demande de commutation de peine.

Pour ses avocats, Pierre-Just Marny "a subi un traitement inhumain. On peut punir un homme mais pas lui enlever toute espérance. Il a été victime d’une mise à mort qui ne dit pas son nom".

Cette mort illustre l’impasse dans laquelle des condamnés à de longues peines se trouvent acculés, ayant perdu tout espoir, au point d’en venir à des gestes désespérés tels que suicide, prise d’otage ou tentative d’évasion.

Elle montre aussi à quel point le système pénal est malade de lui-même en appliquant des peines de rétention à perpétuité qui ne sont rien d’autres que des peines de mort déguisées.

Avec la loi sur la rétention de sûreté, votée en 2008, il est maintenant autorisé de maintenir enfermés, une fois purgée leur peine de prison, des criminels condamnés à au moins 15 ans pour des faits commis après le 25 février 2008, s’ils sont jugés particulièrement dangereux et susceptibles de récidiver.

Pourquoi le système pénal français préfère t il acculer les condamné-e-s à de longues et lourdes peines à commettre des actes désespérés contre eux-mêmes ou contre d’autres personnes plutôt que de réfléchir à des solutions de libération adaptées aux cas par cas de façon à ce que prime en premier lieu le respect de la personne humaine, fût elle enfermée ?

Pierre-Just Marny n’aurait jamais dû en arriver à se suicider dans sa cellule.

Le gouvernement devrait se rappeler que le Comité contre la torture lui a demandé de « considérer l’abrogation » de la rétention de sûreté, qui permet l’enfermement illimité des condamnés à de lourdes peines à l’issue de l’exécution de celles-ci. « Outre la remise en cause flagrante du principe de légalité pénale » cette mesure est « de nature à soulever des questions » au regard de l’interdiction des traitements cruels, inhumains ou dégradants, (§29).

Le recours accru à la détention ainsi que le durcissement des peines est une preuve supplémentaire de la volonté de ce gouvernement de museler, de contraindre, de dominer... C’est la démonstration d’un Etat qui craint ses propres citoyens et qui pour répondre à cette peur incontrôlable préfère trouver des moyens toujours plus violents et frisant avec l’illégalité. Quitte à introduire une nouvelle forme de peine de mort....